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Points clés à retenir
- Portions réelles vs. promesses : L’équivalent de 2,5 portions de fruits et légumes annoncé par les sticks repose sur des dosages de polyphénols et de fibres, mais ne remplace jamais les aliments frais. L’ANSM et l’EMA rappellent qu’un complément n’a pas l’équivalent nutritionnel d’une portion entière.
- Dose efficace : Les concentrations en vitamines C, E et en bêta-carotène dans ces sticks sont souvent inférieures à ce que vous trouveriez dans une pomme ou une carotte. Soyons précis : la biodisponibilité est variable selon la matrice.
- Encadrement légal : Ces produits sont des compléments alimentaires, pas des médicaments. Aucune AMM n’est requise ; seule une déclaration à la DGCCRF suffit. La pression réglementaire est moindre, ce qui ouvre la porte à des allégations hasardeuses.
Comment un stick peut-il contenir 2,5 portions?
Vous ouvrez un sachet, vous versez la poudre dans un verre d’eau, et on vous promet l’équivalent de 2,5 portions de fruits et légumes. Dans l’industrie, on dit souvent que les chiffres marketing sont choisis pour interpeller, pas pour informer. Concrètement, voilà ce que ça change : la « portion » dont on parle ici n’est pas celle du Plan National Nutrition Santé (PNNS). Elle correspond à la teneur en polyphénols totaux ou en fibres solubles extraites de végétaux déshydratés. Ce que les études ne vous apprennent pas : une portion PNNS, c’est 80 à 100 g de produit frais, pas 2 g de poudre.
On ne le dit pas assez, mais la réalité terrain, c’est que la majorité des sticks contiennent des concentrés de baies (acérola, goji, camu-camu), des extraits de légumes verts (épinard, chou kale) et des prébiotiques (inuline, FOS). Ces ingrédients apportent une densité nutritionnelle, mais ils ne remplacent pas la structure cellulaire d’un aliment entier. C’est une nuance qui compte.
Ce que dit la réglementation (et ce qu’elle ne dit pas)
En tant qu’ancien affaires réglementaires, je peux vous dire que le cadre est flou. Un stick de fruits-légumes est un complément alimentaire (Directive 2002/46/CE). Aucune AMM n’est requise, contrairement à un médicament. Seule une déclaration à la DGCCRF est obligatoire. L’ANSM publie des recommandations sur les dosages maximaux en vitamines et minéraux, mais pour les polyphénols, aucun seuil réglementaire n’existe.
Ce que les études ne vous apprennent pas : les allégations santé (« contribue au bon fonctionnement du système immunitaire ») doivent être prouvées par des études spécifiques. Mais les allégations de contenance (« équivalent de 2,5 portions ») ne sont pas réglementées en tant que telles par l’EFSA. C’est un vide juridique que les marketers exploitent habilement.
Alors, est-ce vraiment utile?
Je ne suis pas là pour diaboliser. J’ai travaillé en medical affairs sur des compléments alimentaires, et certains peuvent avoir un intérêt objectif : pour les patients souffrant de troubles de l’absorption intestinale, ou pour les seniors en situation de dénutrition, un stick enrichi en vitamines et fibres peut être un appoint. Mais pour un adulte en bonne santé, le rapport bénéfice/prix est discutable.
Soyons précis : une étude publiée dans le Journal of Nutrition (2021) montre que la biodisponibilité des vitamines C et E est réduite de 30 à 50 % dans une matrice déshydratée par rapport à un fruit frais. La perte de nutriments au séchage et à la micronisation n’est pas négligeable. Dans l’industrie, on dit souvent que « le frais reste la référence ». La réalité terrain, c’est qu’un stick ne rattrapera jamais une mauvaise alimentation.
Que vérifier sur l’étiquette avant d’acheter?
Quand vous êtes à l’officine ou devant un rayon bio, prenez le temps de lire les mentions obligatoires. Voici les points clés :
- Dosage en vitamines : ne pas dépasser 100 % des Apports Journaliers Recommandés (AJR) par portion, sauf avis médical.
- Liste des ingrédients : méfiez-vous des sucres ajoutés (dextrose, sirop d’agave) qui peuvent représenter plus de 50 % du produit.
- Source des extraits : privilégiez les marques qui indiquent l’origine des plantes (ex : « acérola du Brésil » plutôt que « extrait de baies »).
- Absence de AMM : si le produit promet de « traiter une carence », il s’agit d’une allégation médicale non autorisée – signalez-le à l’ANSM.
Mon avis final
Je reçois souvent des questions de pharmaciens en officine ou d’étudiants en pharmacie qui veulent savoir si ces sticks sont « une révolution ». On ne le dit pas assez, mais ils ne remplacent en aucun cas une alimentation variée. Ce que les études ne vous apprennent pas : la synergie entre fibres, vitamines et polyphénols est bien plus complexe dans un légume entier que dans une poudre.
Cependant, pour les patients qui n’arrivent vraiment pas à manger 5 portions/jour (raisons médicales, troubles alimentaires, précarité), ces sticks peuvent apporter un complément intéressant. À condition de les considérer comme ce qu’ils sont : des produits industriels, pas des médicaments. La pression réglementaire est faible, mais la vigilance doit être forte.
En résumé : un stick ne vous fera pas de mal, mais il ne vous apportera pas les bénéfices d’un fruit ou d’un légume frais. La vraie question est : pourquoi ne pas croquer une pomme ?

Docteure en Pharmacie, j’ai quitté l’officine pour l’industrie il y a six ans. Affaires réglementaires, medical affairs, laboratoires génériques, groupes internationaux — j’écris ici ce que j’aurais voulu lire quand je cherchais ma voie dans ce secteur.