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Points clés à retenir
- Lésions bénignes : la kératose séborrhéique (KS) est une hyperplasie épidermique sans risque de transformation maligne. Aucun lien avec la lumière UV.
- Diagnostic clinique : se fait à l’œil nu ou au dermatoscope. L’aspect ”collé” et les pseudo-cryptes cornées sont pathognomoniques.
- Prise en charge : aucune obligatoire. Les traitements (cryothérapie, curetage, laser) répondent à une demande esthétique. Le conseil du pharmacien est essentiel pour rassurer et orienter.
Ce qu’il faut savoir sur la kératose séborrhéique
La kératose séborrhéique est l’une des tumeurs bénignes cutanées les plus fréquentes en cabinet de dermatologie, mais aussi au comptoir officinal. On estime que près de 80 % des personnes de plus de 60 ans en présentent au moins une. Pourtant, sa nature exacte et sa prise en charge restent un flou pour beaucoup de pharmaciens. Concrètement, voilà ce que ça change : en sachant la reconnaître, vous éviterez des inquiétudes inutiles à vos patients et saurez orienter vers un spécialiste quand le doute persiste.
Dans l’industrie, on dit souvent que la différenciation entre une lésion bénigne et une lésion suspecte repose sur trois critères : la régularité de la bordure, l’homogénéité de la couleur et la symétrie de la forme. Cela vaut aussi pour la KS.
Mécanisme et aspects cliniques : de l’épiderme à la lésion
La kératose séborrhéique correspond à une hyperplasie de l’épiderme avec accumulation de kératinocytes immatures. Ces cellules produisent une couche cornée épaisse, ce qui donne à la lésion son aspect rugueux et surélevé. Les mécanismes sous-jacents impliquent des mutations somatiques dans les gènes FGFR3, PIK3CA et KRAS, mais aucun lien avec le virus HPV, ni avec l’exposition solaire. On ne le dit pas assez, mais la KS n’est pas un carcinome et leur présence n’augmente pas le risque de cancer cutané.
Cliniquement, la lésion se présente comme une papule ou plaque bien limitée, de couleur variant du beige clair au noir. Sa texture est grasse, cireuse ou verruqueuse. Elle donne une impression de ”collée” sur la peau — c’est un signe majeur. Le signe de Fitzpatrick (apparition de points pigmentés à la pression) et la présence de pseudo-cryptes cornées sont des éléments clés au dermatoscope. C’est une nuance qui compte dans le diagnostic différentiel avec le mélanome nodulaire ou le carcinome basocellulaire pigmenté.
Diagnostic différentiel : ne pas confondre avec un mélanome
Ce que les études ne vous apprennent pas : la KS peut ressembler à s’y méprendre à un mélanome, surtout dans sa forme pigmentée. En officine, le premier réflexe face à une lésion suspecte doit être l’application de la règle ABCDE : Asymétrie, Bords irréguliers, Couleur inhomogène, Diamètre > 6 mm, Évolution. Si au moins deux critères sont présents, orientez vers un dermatologue.
La réalité terrain, c’est que la KS respecte habituellement une symétrie grossière, une couleur homogène et une bordure bien nette. En cas de doute, n’hésitez pas à conseiller une dermatoscopie, examen simple et non invasif que tout dermatologue réalise en consultation. Les bonnes pratiques ICH recommandent un suivi photographique des lésions douteuses pour objectiver leur évolution.
Prise en charge réglementaire et thérapeutique
Soyons précis : la kératose séborrhéique ne relève d’aucune AMM pour un traitement médicamenteux topique. Les crèmes à base de blé, de soufre ou d’acide salicylique peuvent atténuer l’aspect rugueux, mais n’ont pas d’autorisation spécifique. L’ANSM classe les excipients utilisés dans certaines préparations magistrales sous la rubrique ”kératolytiques”, sans bénéfice démontré sur la lésion elle-même.
Les options destructrices sont les seules validées :
- Cryothérapie : azote liquide en spray ou applicateur. Cicatrices fréquentes, dépigmentation possible.
- Curetage exérèse simple sous anesthésie locale. Solution rapide et esthétique.
- Laser CO2 ou Erbium : vaporisation de la lésion. Cicatrisation longue, coût élevé.
Un examen histologique ne sera réalisé que si le diagnostic clinique est incertain. Dans ce cadre, le pharmacien joue un rôle clé pour dédramatiser. J’ai vu des patients paniqués après avoir cherché leurs symptômes en ligne et confondu une KS avec un cancer de la peau. Une écoute et un conseil éclairé suffisent souvent à les rassurer.
Le rôle du pharmacien face aux kératoses séborrhéiques
Contrairement à ce que beaucoup imaginent, le pharmacien n’a pas à prescrire de traitement pour la KS. Sa mission est d’identifier les lésions bénignes, de rassurer, et de savoir quand orienter vers un dermatologue. Les recommandations de la HAS de 2026 insistent sur l’éducation thérapeutique : expliquer que ces lésions sont banales, qu’elles ne dégénèrent pas, et que leur retrait est uniquement esthétique.
Je me souviens d’une visite chez un dermatologue libéral lors de mon passage en medical affairs : il recevait en moyenne deux patients par semaine pour des KS qu’il qualifiait de ”moutons à cinq pattes” — tout à fait normales. La réalité, c’est que l’anxiété liée aux lésions cutanées est largement alimentée par la désinformation en ligne.
En pratique : que conseiller au comptoir ?
- Recommander une hydratation régulière pour limiter l’aspect rugueux (crèmes émollientes).
- Proposer une photoprotection large spectre pour prévenir l’hyperpigmentation secondaire.
- Conseiller d’éviter le grattage, l’arrachage ou l’application de produits corrosifs.
- Orienter vers un dermatologue pour un avis spécialisé si doute ou gêne esthétique.
La réglementation n’impose pas de suivi particulier pour la KS. Mais une surveillance photographique toutes les 6 à 12 mois est un bon réflexe pour les patients ayant plusieurs lésions. Ce que les études ne vous apprennent pas : la photographie est un outil clinique simple, efficace et gratuit.
En conclusion, retenez que la kératose séborrhéique est une incomprise de la dermatologie courante. Le pharmacien, par sa position de première ligne, a le pouvoir de transformer une angoisse inutile en sérénité. C’est une nuance qui compte dans la pratique quotidienne : parfois, le meilleur traitement, c’est l’information bien donnée.

Docteure en Pharmacie, j’ai quitté l’officine pour l’industrie il y a six ans. Affaires réglementaires, medical affairs, laboratoires génériques, groupes internationaux — j’écris ici ce que j’aurais voulu lire quand je cherchais ma voie dans ce secteur.